D’où vient l’Ordre national des Infirmiers ?


Il n’est pas issu d’un rapport officiel, ni d’un désir de l’administration, ni d’une initiative gouvernementale, mais d’une demande persévérante des forces vives de la profession infirmière, incarnées par 45 associations et syndicats professionnels. Ces organisations se sont réunies pendant plus deux ans, tous les mois, autour du projet de fédérer la profession dans une grande institution ordinale.

Pourquoi ? Les infirmiers sont des cliniciens compétents et attentifs, de jour comme de nuit, à la santé ou à la souffrance de nos concitoyens, à tous les âges de la vie. Ils sont soucieux d’apporter, dans les soins et l’accompagnement qu’ils assurent, un maximum de qualité et de sécurité. Cette exigence s’impose dans la totalité de leurs lieux d’exercice : les plateaux techniques les plus performants, le domicile, les lieux de travail, le milieu médico-social, le milieu scolaire, etc. Mais il n’y avait aucune instance globale capable d’y réfléchir avec expertise, de l’énoncer avec légitimité, et, au besoin, de la faire respecter avec cohérence en tous lieux.

Les infirmières et les infirmiers avaient aussi une autre attente. Au-delà des représentations syndicales et associatives, certes nécessaires dans leurs vocations propres, mais extrêmement fragmentées, ils avaient besoin d’une organisation qui les unisse. Pour faire entendre leur voix de façon, elle aussi, cohérente et forte, tracer pour eux des perspectives nouvelles dans le monde de la santé d’aujourd’hui et de demain. Et ainsi conforter auprès des jeunes l’attractivité de la profession, tous métiers confondus.

Cette double ambition collective a été entendue. Elle a pris la forme de deux propositions de loi successives à l’Assemblée nationale. Nous rendons hommage à leurs auteurs. Leur conviction a pu, finalement, convaincre le Gouvernement et les deux Assemblées de la nécessité de créer un Ordre pour tous les infirmiers. La France a ainsi rejoint les nombreux pays où des institutions autogérées regroupent obligatoirement tous les infirmiers pour réguler leur exercice.

La loi du 21 décembre 2006 a donné à l’ONI deux grandes catégories de missions. Elles ont à nos yeux, une importance égale :
– des missions classiques pour les Ordres professionnels (réguler l’accès à la profession, défendre son honneur et son indépendance, définir et faire respecter un ensemble de principes et de règles éthiques, veiller à la compétence des professionnels, etc.) ;
– mais aussi des missions innovantes pour un Ordre : « assurer la promotion de la profession » et suivre l’évolution de la démographie infirmière en fonction des besoins de la population.

Ce n’est pas tout : la loi HPST du 21 juillet 2009 y a ajouté une dernière mission, que seul l’Ordre national des pharmaciens avait reçu jusqu’ici : « contribuer à promouvoir la santé publique et la qualité des soins ». La profession infirmière se trouve ainsi reconnue et, je dirais, honorée, par la loi, à travers son Ordre, comme elle ne l’avait jamais été auparavant.

En quoi consiste l’Ordre des infirmiers aujourd’hui ?

Contrairement à une idée complaisamment ressassée par certains, un Ordre professionnel n’est pas une survivance d’un passé révolu : c’est une grande organisation citoyenne, chargée d’un service public. Ce n’est pas une para-administration. Ce n’est pas non plus, seulement, un ensemble de conseils ordinaux (et encore moins le seul Conseil national…).

Fondamentalement, l’Ordre, c’est la collectivité d’environ 500 000 infirmiers, rassemblés pour s’autogérer, en vue des buts d’intérêt général fixés par le législateur. Les membres de l’Ordre ne sont donc pas seulement ses 2 377 élus titulaires, (avec autant de suppléants), mais chacun des infirmiers inscrits au tableau. C’est la loi qui le dit (art. L. 4312-1 et L. 4312-2 du CSP).

Appartenir à un Ordre, cela a un sens très précis : c’est faire partie de l’une des rares professions qui ont été distinguées par la loi en raison de l’importance particulière de leur exercice pour toute la société. C’est, au sens strict, un privilège, mais qui nous appelle à une double responsabilité :
– une responsabilité individuelle : la qualité de notre exercice ;
– et une responsabilité collective : le droit et le devoir de nous gouverner avec une large autonomie, dans le cadre de la loi bien entendu.

Ces devoirs et ces droits nous unissent tous, pour la première fois. C’est pour nous un motif de grande fierté.

Mais soyons lucides : c’est aussi une grande force potentielle qui peut déranger certains intérêts établis. Ces intérêts refusent l’Ordre par principe, sous des prétextes divers, car ils y voient une concurrence gênante pour leur confort de gestion ou pour leur influence (ce qui n’est d’ailleurs pas vrai, car chacun a son rôle propre à jouer). Ils ne souhaitent donc pas que soient reconnues ces dimensions fondamentales de fierté, de responsabilité et d’autonomie que l’Ordre incarne.

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One Response to D’où vient l’Ordre national des Infirmiers ?

  1. amouroux says:

    Les 45 organisations infirmières à l’origine de la création de l’Ordre sont les 4 syndicats d’infirmières libérales et 41 associations ou syndicats de salariés. Les Etats Généraux Infirmiers consistaient en des réunions publiques dans tous les départements en 2005, aboutissant à une réunion nationale à l’hôpital Sainte Anne de Paris en janvier 2006.

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